Maintenant : Connectez vous sur le Net !

 

Au début de mon histoire :

Tapez 3614 code "convivial" !

 

 

 

 

 

- Il est 23h50

- Il est 23h53

- Attention, il va être minuit...

- Il est minuit, je vous souhaite une bonne année...

- a vous aussi, je vous présente mes meilleurs voeux pour cette année 92...

- Je vous souhaite de trouver ce que vous cherchez : l'Amour de votre vie.

- A vous aussi, en espérant que dans un an, vous nagerez dans le bonheur... et vous ne serez plus ici, sur Minitel...

- Pourtant, ce Minitel est tellement important, ce soir, pour ne pas se sentir trop seul...

- c'est vrai, nous ne sommes que trois connectés ce soir, mais en la partageant, notre solitude est moins lourde a porter...

Eh oui ! cette nouvelle année débutait d'une curieuse façon... Je me remémorais le sourire narquois de mon cher "ex-mari" quand, vers dix-sept heures, il m'avait déposé les enfants sous prétexte qu'il ne pouvait plus s'en occuper... Connaissant mon programme, il savait pertinemment que je ne pouvais les emmener avec moi, et qu'il me fallait par conséquent, annuler ma soirée...

J'avais souhaité marquer le coup pour les petits et nous étions allés, en ville, manger une pizza. Tout le monde faisait la fête dans la rue, le restaurant était bondé de clients, de tous âges... Tous riaient, s'amusaient... Les bruits emplissaient ma tête, les enfants s'énervaient... Des voix parvenaient à mon esprit, comme dans un brouhaha infernal... Tant de rires, de joie... Un fluide glacial m'envahissait, de plus en plus douloureux... Une chape de solitude me tombait sur les épaules, j'étais totalement isolée dans cette foule bruyante. Je n'avais plus faim, je ne supportais plus ces inconnus... Les larmes me montaient aux yeux. Non ! Pas ce soir... Rentrer, vite, retrouver ma maison... Ne plus voir personne, ne plus rien entendre...

Les enfants n'avaient pas apprécié leur soirée et étaient contents de retrouver leur lit... Il n'était que vingt-deux heures trente, je m'étais préparée pour la nuit... Mais ne voulais me coucher si tôt... Pas un trente et un décembre !

 

Ma poitrine semblait prise dans un étau... Je savais que je ne pourrais pas dormir. Je m'installai sur le canapé, le programme de télévision ne me tentait pas. Je me relevai sans savoir qu'entreprendre... Ecrire à des amis me paraissait presque déplacé... Tous et toutes faisaient la fête, pourquoi leur apprendre que j'étais seule ce soir... Je sentais monter en moi une oppression curieuse, et douloureuse. Elle me serrait la gorge maintenant, et je me doutais que seules les larmes la soulageraient un moment... Je frappai le mur de mon poing, je refusais de commencer la nouvelle année en pleurant...

 

C'est alors que m'étaient revenues en mémoire, les paroles d'un collègue : "Lorsque j'ai un coup de blues, je fais du Minitel. Simple, tu tapes 3614 ou 3615 suivi d'un code, et tu discutes avec des inconnus..."

 

Je connaissais la réputation, pas forcément bonne des réseaux Minitel, dit "roses" mais Paul m'avait donné des noms de serveurs plus conviviaux que sexuels, et puis, qu'avais-je à perdre ? ... Qui en ce soir de détresse, pouvait juger déplacé de "faire du Minitel" ? ...

En tous les cas, pas les deux hommes qui avaient partagé ma soirée, par Minitel interposé... Nous avions discuté, de tout et de rien, attendant minuit pour se souhaiter mutuellement nos voeux... Et nous venions de le faire, sincèrement et chaleureusement.

Nous n'avions pas même évoqué notre solitude, nous savions bien qu'être présents dans cette petite boîte en était le meilleur (ou le pire) symbole...

 

Aujourd'hui, quatre années après cette soirée difficile, quatre années vécues "par" et "sur" le Minitel, puis par et sur le Net, j'éprouve le besoin d'écrire à propos de ces contacts virtuels...

 

Ecrire pour vous qui ne pratiquez pas, vous dont la sensibilité, les principes sont parfois choqués par ce qu'ils imaginent... Ce n'est que "mon" histoire, mais en la découvrant, peut être comprendrez-vous mieux ce qui pousse tant de personnes, en ce monde moderne, à trouver du réconfort, par ces moyens de communiquer.

 

Ecrire pour vous, Minitellistes et Internautes, avec qui je n'ai pas eu la chance de dialoguer, ou l'honneur de rencontrer... Mais qui vous retrouverez sans doute dans certains personnages, car aucun n'est fictif, pas plus que vous qui pianotez, même si vous vous plaisez à le croire...

 

Ecrire pour ceux dont j'ai connu les écrits, la voix, le regard, ou peut être plus, et qui se retrouveront, même si j'ai préservé leur anonymat en changeant pseudo, prénom et tout signe trop "reconnaissable"...

 

Et, je le l'avoue, écrire pour ne rien oublier, ne rien regretter... Ecrire pour tourner la page... Ecrire pour qu'un jour, mes enfants comprennent... Ecrire pour l'homme que j'aime, rencontré sur Minitel et qui depuis peu, partage ma vie... et mon ordinateur.

 

Mes explorations se sont toujours limitées aux serveurs dits "conviviaux"...

 

Ce ne sont pas des "Minitels roses" et pourtant certains n'y cherchent que du sexe...

Ce ne sont pas des "Clubs" et pourtant, certains y découvrent des amis fantastiques...

Ce ne sont pas des agences matrimoniales, et pourtant, certains s'y marient...

 

Ici, chaque dialogue est une aventure humaine ! Quelques mots, une heure, un jour ou une nuit, quelques semaines... Une vie peut être... Les psychologues en feraient une analyse intéressante... Celle-ci existe derrière chacune des histoires que je vais raconter, car elles m'ont permis d'avancer, de me reconstruire après un divorce difficile...

 

J'avais 29 ans, je sortais d'un mariage trop sérieux et sans communication... Le besoin de me connaître, de découvrir les autres n'avait de comparable que ma rage de vivre...

 

Détendez-vous, et laissez moi vous conter mes rencontres "Minitel"...

 

Sensuelles,

amusantes,

tendres,

Passionnées,

Dangereuses,

Ou parfois incompréhensibles...

 

 

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