Premiers contacts...
- nous dialoguons depuis plusieurs semaines, j'aimerais vous rencontrer.
- Je ne sais pas trop... Cela me fait un peu peur.
- Allez... essayez ! juste une fois... Vous ne risquez rien, on se rencontrera dans un lieu public et je vous promets de partir dès que vous le demanderez...
J'hésitais... Mais pourquoi aurais-je peur de ces inconnus que je côtoyais chaque soir depuis plus d'un mois ? ... Difficile pourtant d'avoir confiance, "l'image du Minitel" n'étant pas encourageante...
Le serveur que je fréquentais était convivial, mais certains avaient tenté de m'entraîner dans des discussions un peu osées. J'avais rougi et n'avais pas répondu, partagée entre la crainte et la curiosité. Je n'étais pas prête et refusais cet aspect sexuel... J'avais tendance avec mes collègues de travail, à passer pour "une oie blanche", rougissant aux histoires un peu "crues" ou pire, ne les comprenant même pas... Alors là... Je me sentais totalement dépassée...
J'étais sur Minitel pour discuter avec d'autres personnes, échanger des idées, trouver des amis sincères et réels... Mais pour les connaître, il me fallait bien les rencontrer... Certains m'avaient déjà téléphoné, alors, j'acceptais en précisant bien :
- OK pour la rencontre mais juste amicale.
- bien sûr !
- surtout ne me demandez rien d'autre...
- promis...
Evidemment, que pouvaient-ils bien répondre d'autre ? ... Il parait que je suis bien naïve...
Celui qui me paraissait le plus sérieux était Marc. Il était au chômage et m'invitait à boire un verre dans une brasserie... Cet homme effacé, baissait continuellement les yeux dans son verre et n'osait pas me regarder... Nous ne parvenions pas à trouver un sujet de conversation... Il était aussi timide que moi. C'était vraiment difficile et, à mon grand soulagement, je dus repartir travailler.
Je ne savais que penser d'une telle rencontre... Les relations humaines ne sont pas forcément faciles... Je me souvenais que, déjà au téléphone, il ne parlait pas beaucoup, mais maintenant, je doutais de moi et supposais que je ne lui avais pas plu... D'ailleurs il n'avait pas parlé de se revoir... Je n'y tenais certes pas, mais cela m'aurait rassurée de l'intéresser un peu... Et si j'étais nulle à tel point que personne ne s'intéresse à moi ? ...
Il me fallait donc tester mes capacités à plaire à un homme... Défi face à moi-même !
J'acceptai donc de rencontrer Pierre. Agé de quarante-cinq ans, il discutait plus facilement... Il parlait même beaucoup et cela m'amusait. Il me faisait rire et je semblais lui plaire. Au fond de moi, je me sentais soulagée, mais soudain, il prit un ton doucereux et tendre... Il posa sa main sur la mienne :
- Tu me plais beaucoup...
N'était-ce pas ce que j'attendais ? ... Alors, pourquoi son geste me glaça-t-il intérieurement ? Je reculai vivement la main. J'étais comme tétanisée, le regardant sans comprendre... Sans me comprendre, moi... Ma respiration était rapide et je tentai de retrouver mon calme. Il commença à s'excuser, mais je l'interrompis :
- Je suis désolée, mais je vous avais précisé que je ne supportais pas le contact physique...
- Je ne vous plais pas ? ...
- La question n'est pas là du tout... Simplement, je ne supporte pas que l'on me touche... Alors oubliez vos idées...
- Mais pourquoi êtes-vous ainsi ?
Pourquoi... Oui, pourquoi ? ... Je n'en savais rien du tout... Je me sentais si "sauvage"... Comment expliquer cette aversion presque violente, pour tout ce qui avait rapport au corps ? ... Impossible même de me laisser prendre par la main...
J'en discutai avec ma meilleure amie, Patricia, et pris douloureusement conscience que mon ex-mari avait véritablement brisé la Femme en moi. Par quantité de réflexions, de remarques désobligeantes sur mon corps, sur le sexe en général, il avait détruit mon coté naturel et ma confiance en moi, dans ce domaine...
Si je voulais revivre, il me fallait redécouvrir cet aspect non négligeable de moi-même... Le Minitel me permettait, par son coté anonyme, de pouvoir me présenter avec mes peurs et mes interrogations, sans trop de gêne... Je savais qu'il faudrait du temps, que je devais me protéger de certains hommes trop entreprenants et rapides... Mais peut être laisser une chance aux autres... Voire à moi-même...
C'est dans cet état d'esprit de curiosité et d'ouverture que je dialoguai avec Jean...